La souveraineté, à quel prix ? Mathias Burghardt aux Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence

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Vision de marché

La souveraineté, à quel prix ? Mathias Burghardt aux Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence

  • 08 Juillet 2026

  • Ardian

Temps de lecture : 5 minutes

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Mathias Burghardt

Directeur Général

Mathias Burghardt est Vice-Président du Comité Exécutif, Co-Président de l’Operations Committee et Président de l’Infrastructure Management Committee. Il est également CEO d’Ardian France S.A., la principale entité réglementée du groupe, qui agit notamment en tant que société de gestion AIFM pour les fonds d’investissement directs et supervise plusieurs filiales européennes d’Ardian.

Depuis 2019, il pilote la stratégie Technologie et Innovation d’Ardian, avec plusieurs réalisations majeures telles que la afin de créer de la valeur dans les sociétés du portefeuille et accroître l'efficacité des équipes d'Ardian grâce à des solutions basées sur la donnée et l'intelligence artificielle.

Fondateur de l’activité Infrastructure d’Ardian, Mathias Burghardt la dirige depuis 2005 et en a fait un leader mondial dans le domaine des infrastructures essentielles. Engagé dans la transformation et la décarbonation des sociétés en portefeuille, il a également lancé des fonds spécialisés dans l’hydrogène (bas-carbone) et les solutions fondées sur la nature, afin d’accélérer la transition des industries et d’encourager l’innovation dans ces secteurs pour préparer l’économie de demain.

Il dirige la stratégie Technologie et Innovation d'Ardian depuis 2019 et a mené à bien plusieurs projets d'envergure, notamment la création de l'équipe Data Science d'Ardian, chargée de définir et de mettre en œuvre la stratégie de l'entreprise en matière de données et d'intelligence artificielle afin de soutenir la performance d'Ardian et celle des sociétés de son portefeuille. Il supervise également les fonctions Communication et Real Estate au sein de la société.

Il a aujourd’hui développé de fortes relations avec les acteurs industriels et financiers du domaine de l'infrastructure mondiale mais aussi avec les pouvoirs publics et les régulateurs du secteur.

Mathias Burghardt a rejoint Ardian en 2007. Il a débuté sa carrière en 1989 au sein de l’équipe Média Telecom du Crédit Lyonnais, avant de diriger l’activité de Conseil et Financement de Projet de HSBC en France.

Vice-président du conseil d'administration de Nuova Argo Finanziara, la société holding du groupe ASTM (deuxième opérateur mondial de routes à péage), Mathias Burghardt a également siégé au conseil d'administration de grandes entreprises du secteur des infrastructures, telles que l'aéroport de Londres Luton, SANEF et la société de stationnement INDIGO.

En parallèle de ses fonctions chez Ardian, Mathias Burghardt est également Président de la Fondation Ardian et siège au conseil d’administration de l’Alliance pour l’Éducation – United Way, une organisation œuvrant pour l’égalité des chances et la réussite scolaire des jeunes issus de territoires prioritaires et ruraux.

    La souveraineté s'impose comme un sujet majeur des politiques publiques européennes, mais quelles priorités faut-il définir pour y parvenir ? Mathias Burghardt, Directeur Général, expose les investissements stratégiques et l'action collective dont l'Europe a besoin pour réduire sa dépendance aux puissances étrangères.

    Organisées chaque année par le Cercle des Économistes, Les Rencontres Économiques d'Aix-en-Provence constituent l'un des plus grands forums économiques et sociaux d'Europe. Elles réunissent dirigeants d'entreprise, responsables politiques, universitaires et citoyens pour trois jours de débats ouverts.

    L'édition de cette année a rassemblé plus de 400 intervenants venus de plus de 50 pays, Ardian y participant pour la quatrième année consécutive. Aux côtés de Jean-Pierre Clamadieu (Engie), Guillaume Faury (Airbus) et Nicolas Namias (BPCE), Mathias Burghardt a abordé l'enjeu central de la session : quel prix l'Europe est-elle prête à payer pour devenir souveraine ? 

    L'Europe doit mener les batailles de demain, pas celles d'hier

    L'Europe doit mener les batailles de demain, pas celles d'hier 

    Mathias Burghardt a défendu l'idée que la souveraineté exige une réflexion systémique. Investir dans les semi-conducteurs ou l'IA n'a de sens que si l'Europe maîtrise également l'énergie bas-carbone et les data centers qui les alimentent. Alors que le private equity se concentrait autrefois sur l'exploitation des actifs, la détention d'infrastructures essentielles est devenue une question géopolitique, a souligné Mathias Burghardt.

    Le portefeuille d'Ardian reflète cette attention portée à l'ensemble de la chaîne de valeur : l'infrastructure numérique avec Verne, les énergies renouvelables avec Akuo et GreenYellow, et les semi-conducteurs avec Ardian Semiconductor – dont un récent investissement minoritaire dans VSORA, une société française qui conçoit des accélérateurs d'inférence IA de nouvelle génération.

    Dans le secteur de l’IA, l'Europe a pris un retard considérable, a indiqué Mathias Burghardt. En matière de semi-conducteurs destinés à l'entraînement des modèles d'IA, elle peinera à rattraper les leaders mondiaux tels que Nvidia. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle doive renoncer à la course. « Il ne faut pas se battre sur les combats du passé, il faut se battre sur ceux du futur », a-t-il affirmé. « Il faut regarder toute la chaîne de valeur – pas forcément se dire qu’on va être compétitifs sur l’ensemble, mais choisir les maillons sur lesquels on peut gagner et qui seront essentiels dans les rapports de force à venir. »

    VSORA en est une illustration. La société conçoit des semi-conducteurs dédiés à l'inférence IA plutôt qu'à l'entraînement des modèles – un domaine appelé à gagner en importance à mesure que les modèles d'IA seront déployés à grande échelle. C'est l'un des maillons sur lesquels l'Europe peut encore bâtir une technologie compétitive et souveraine.

    Le consortium AION représente une autre opportunité majeure. Ardian, Artefact, Bull, Capgemini, le groupe EDF, le Groupe iliad, Orange et Scaleway ont uni leurs expertises pour porter la candidature d'une AI Gigafactory européenne en France. Le projet représente plus de 10 milliards d'euros d'investissement et une capacité de plus d'1 GW. 

    Mathias Burghardt at Les Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence
    De gauche à droite :
    Laurence BOONE, Membre du Cercle des économistes
    Jean-Pierre CLAMADIEU, Président du Conseil d'Administration d'ENGIE
    Guillaume FAURY, Président exécutif d'Airbus
    Nicolas NAMIAS, Président du directoire de BPCE
    Mathias BURGHARDT, Directeur Général d'Ardian
    Catherine PORTER, Correspondante Internationale pour le New York Times

    Pourquoi les investisseurs étrangers choisissent l'Europe

    Pourquoi les investisseurs étrangers choisissent l'Europe 

    Lors de la récente levée de 20 milliards de dollars du fonds d'infrastructure d'Ardian, plus de 60 % des investissements provenaient d'investisseurs non européens – notamment d'Asie et du Golfe, dont l'allocation à Ardian a été multipliée par cinq depuis 2020. Ces investisseurs se sont tournés vers l'Europe précisément pour sa stabilité, son État de droit et la diversification qu'elle offre. Ils investissaient également dans les secteurs identifiés par le rapport Draghi : transition énergétique, infrastructure numérique et connectivité. « Nous avons ressenti une véritable dynamique, et même un regain d'affection pour l'Europe », a déclaré Mathias Burghardt.

    L'identité d'Ardian comme gestionnaire européen est devenue un facteur de différenciation. Pour les investisseurs internationaux qui souhaitent déployer des capitaux dans les secteurs essentiels européens, a indiqué Mathias Burghardt, « la nationalité compte ».

    L'Europe a besoin de capitaux privés et de règles simplifiées pour changer d'échelle

    L'Europe a besoin de capitaux privés et de règles simplifiées pour changer d'échelle 

    Les intervenants ont convergé vers un diagnostic clair : l'Europe doit dépasser la logique du marché de consommation et reconstruire sa propre puissance productive. Pendant des années, elle a trop souvent misé sur l'idée que l'ouverture des échanges et la baisse des prix suffisaient. Mais les chocs géopolitiques récents – guerre, tensions commerciales avec les États-Unis et la Chine, vulnérabilité énergétique et dépendance croissante à la technologie numérique étrangère – ont révélé les limites de ce modèle. Il s'agit ainsi de renouer avec l'ambition industrielle originelle de l'Europe afin de reconstruire sa puissance autour d'une production stratégique et de champions partagés.

    L'Europe aura besoin de 750 à 800 milliards d'euros d'investissements annuels supplémentaires d'ici 2030, selon le rapport Draghi. Les capitaux privés à long terme constituent le seul levier capable d'opérer à cette échelle et à ce rythme. Mais cela suppose une condition : l'approfondissement des marchés de capitaux. Les marchés actions européens ne représentent que 73 à 81 % du PIB de l'UE, contre 270 % aux États-Unis. Près de 10 000 milliards d'euros d'épargne des ménages européens, aujourd'hui placés en dépôts bancaires, doivent être mobilisés. Des cadres réglementaires tels qu'ELTIF 2.0 sont nécessaires pour orienter les investisseurs privés vers les actifs productifs.

    L'initiative « EU Inc. » de la Commission européenne répond directement à cet enjeu. Elle permettrait de créer un cadre juridique européen unique pour les entreprises, leur donnant la possibilité d'opérer sur l'ensemble du marché unique sans établir de filiale distincte dans chaque État membre. Connue sous le nom de 28ᵉ régime, cette réforme structurelle accélérerait les fusions-acquisitions transfrontalières au sein de l'Europe et faciliterait considérablement l'émergence des champions d'envergure continentale qu'exige la souveraineté européenne.

    À l'ère de la compétition stratégique, l'ancrage des capitaux et la détention d'infrastructures ne sont pas des choix neutres : ils emportent des conséquences réelles. Comme le montre l'expérience d'Ardian, être européen – et être perçu comme tel – peut faire la différence lorsqu'il s'agit d'investir dans les secteurs essentiels. Construire la souveraineté européenne et attirer les capitaux mondiaux ne sont pas des objectifs concurrents : ce sont, en réalité, les deux faces d'une même pièce. 

    Il ne faut pas se battre sur les combats du passé, il faut se battre sur ceux du futur. Il faut regarder toute la chaîne de valeur – pas forcément se dire qu’on va être compétitifs sur l’ensemble, mais choisir les maillons sur lesquels on peut gagner et qui seront essentiels dans les rapports de force à venir.

    Mathias Burghardt, Directeur Général