Histoire de croissance

Les étapes de la création de valeur stratégique, une interview avec Micropross

  • 15 Mai 2017

  • Expansion

Temps de lecture : 6 minutes

L'équipe Expansion s'appuie sur le réseau de relations d'Ardian à l’international pour aider les dirigeants d'entreprises européennes du segment Lower Mid Cap à développer des activités susceptibles d'attirer de grands acheteurs industriels. François Jerphagnon, Responsable d’Ardian Expansion, raconte comment son équipe a aidé Philippe Bacle, Président de Micropross, et Max-André Lepoutre, Directeur Général, à conclure un accord déterminant avec National Instruments aux États-Unis.

Comment Micropross est-il devenu partenaire d'Ardian en 2015?

Philippe Bacle : Nous comptions céder une participation majoritaire à un partenaire industriel, mais malgré notre croissance très rapide, nous n'avions pas encore les bonnes relations et les bons interlocuteurs. Dans le même temps, nos conseils organisaient également des réunions avec certains des plus importants investisseurs en capital-investissement ; c'est dans ce cadre que nous avons rencontré François. 
Max-André Lepoutre : Nous étions une entreprise de taille moyenne basée à Lille et comptant 50 salariés, mais nous étions leader dans le domaine des tests de cartes à puce pour les téléphones mobiles et les paiements sans contact. 90 % de notre chiffre d'affaires était réalisé hors de France et il devenait difficile, pour une entreprise de taille moyenne, de traiter avec d'énormes clients internationaux dans un marché en forte croissance. Nos concurrents étaient rachetés l'un après l'autre par de grands groupes industriels et nous ne voulions pas être laissés pour compte. 
François Jerphagnon : Lorsque nous avons entamé les discussions avec Philippe et Max-André, leur première idée était de vendre une participation majoritaire, mais nous avons pensé qu'il était plus logique pour eux de continuer à bénéficier de la croissance future. Il était clair que leur entreprise était extrêmement rentable et qu'elle se développait très rapidement. Nous leur avons donc proposé une transaction minoritaire. Il nous a fallu six mois pour les convaincre. Nous avons ensuite finalisé un dispositif dans lequel ils conservaient 51 % des parts de l'entreprise. C'était un moment décisif, car cela montrait clairement que le partenariat avec Ardian constituait un pas supplémentaire sur le chemin menant à la cession à un acheteur industriel. Mais dans l'intervalle, nous pouvions apporter notre contribution pour les aider à remplir leur objectif.

En quoi le fait d'avoir Ardian comme actionnaire a-t-il aidé Micropross ?

PB : Nous avons vraiment bénéficié du fait d'avoir un grand nom institutionnel derrière nous. Pendant que nous étions en pourparlers avec Ardian, nous discutions également d'un important projet de R&D avec une très grande société de téléphonie mobile américaine, et le fait de pouvoir annoncer que nous avions le soutien d'un investisseur aussi solide nous a de toute évidence aidés dans la négociation. 
M-AL : Il est également devenu évident, même durant le processus de due diligence, qu'Ardian avait d'excellentes relations, et nous étions très impressionnés par leur capacité à comprendre notre métier. Lorsqu'on en parlait ensemble, on se demandait comment ils pouvaient être aussi bien informés. 
FJ : Le problème était que les marges de Micropross étaient extraordinaires, voire suspectes. Comme nous voulions vérifier qu'elles étaient viables, il nous fallait trouver des spécialistes en mesure de nous aider à comprendre l'entreprise dans ses moindres détails. Grâce à notre réseau, nous avons identifié la bonne personne, ce qui nous a également permis d'avoir un excellent membre non exécutif au sein du conseil d'administration, capable d'être un interlocuteur de qualité pour Philippe et Max-André.


Comment avez-vous travaillé ensemble pour développer l'entreprise ?

FJ : Envisager des acquisitions qui complètent le portefeuille de produits ou renforcent l'exposition géographique fait partie intégrante de notre démarche ; nous avons donc évoqué la possibilité d'acquérir un concurrent direct de Micropross en Allemagne. Une réunion a même été organisée, mais nous avons décidé de ne pas aller plus loin car nous pensions tous que l'intégration des deux sociétés était trop risquée. Au lieu de cela, nous avons fait profiter Philippe et Max de nos relations en les aidant à accroître leur présence aux États-Unis et en Asie. Nous les avons mis en relation avec le PDG d'Arkadin, une entreprise que nous venions de vendre à NTT au Japon, qui a partagé avec eux son expérience de dirigeant d'une société française en pleine expansion en Asie. 
PB : Durant cette période, notre activité a littéralement explosé. Nous avons remporté de très gros contrats en Chine, et des sociétés américaines de premier ordre ont acheté notre solution. Mais parallèlement, le secteur évoluait rapidement et les acquisitions de nos concurrents se poursuivaient. Notre partenariat avec Ardian était certes récent, mais nous savions fin 2014 qu'il était temps de commencer à chercher un acheteur industriel. Un évènement a tout déclenché : nous étions dans la phase finale d'un appel d'offres important aux États-Unis, et nous ne l'avons pas remporté car le client estimait que nous n'avions pas l'envergure suffisante pour le soutenir à grande échelle dans le monde entier. National Instruments participait également à ce processus : c'était une société beaucoup plus importante que la nôtre et qui n'avait pas notre technologie, mais qui était en mesure de proposer une équipe d'assistance solide à l'échelle mondiale. Nos deux entreprises étaient donc naturellement complémentaires.
M-AL : Ce désengagement était certes plus rapide que ce qu'Ardian aurait recommandé d'ordinaire, mais ils ont compris que notre marché évoluait vite et qu'il s'agissait d'une excellente occasion pour nous. En outre, cette entreprise était probablement le meilleur acheteur que nous puissions imaginer pour notre personnel. C'était une opération menée dans une perspective globale, pas simplement financière.

Comment le processus de vente a-t-il été géré ?

PB : Quand vous commencez à travailler sur un processus de vente avec Ardian, vous jouez dans la cours des grands. Vous avez à votre disposition la meilleure équipe possible, ce qui nous a grandement facilité la tâche. 
FJ : Nous connaissions déjà les acheteurs les plus probables, mais nous devions créer une certaine tension et introduire une forme de concurrence dans le processus. Il nous fallait donc un banquier avec de bonnes relations. Le banquier spécialisé dans les fusions et acquisitions à qui nous avons confié ce mandat avait une longue expérience dans le domaine des tests et mesures, et connaissait déjà très bien les dirigeants des groupes acquéreurs potentiels. Nous devions répondre aux attentes de Philippe et de Max. Notre mission est d'aider nos entreprises à conclure un accord avec les meilleurs acheteurs, que ce soit National Instruments aux États-Unis, NTT au Japon (acquéreur d'Arkadin), ou d'autres acteurs en Europe. Bien que Micropross soit une entreprise française de taille moyenne, elle mérite d'avoir accès aux meilleurs acheteurs stratégiques internationaux. 
L'autre point important est qu'il nous incombe de ne pas hésiter sur le prix. Il se base sur la valeur intrinsèque de la société et sur le potentiel de synergies. Mais pour un acheteur stratégique, c'est aussi une question de coût d'opportunité. Que se passera-t-il s'il n'accède pas à cette technologie ? Si vous dirigez bien votre processus et menez une discussion constructive avec les acheteurs, vous pouvez aboutir à une forte augmentation du prix. C'est ce qui s'est passé avec Arkadin : le prix a augmenté de 30 % entre la première et la dernière offre, car nous étions convaincus que les acheteurs pouvaient aller plus loin.