Le marché du P.E

Plus forts ensemble : l’essor du co-investissement

  • 15 Mai 2019

  • Co-Investissement

Temps de lecture : 7 minutes

Suite à la très impressionnante clôture du cinquième fonds de co-investissement d’Ardian, qui a doublé la taille du fonds précédent et accueilli trois fois plus d’investisseurs, Alexandre Motte, Responsable d’Ardian Co-Investissement explique pourquoi l’appétit stratégique des investisseurs reste vigoureux et partage son point de vue sur les perspectives de co-investissement et les opportunités de développement futur.

Q : Aux yeux des investisseurs, quels sont les principaux attraits de la stratégie de co-investissement ? 

Alexandre Motte (AM) : A l’heure actuelle, les investisseurs ont fort à faire. Ils se doivent d’investir dans des actifs rentables tout en limitant les risques inhérents à l’incertitude géopolitique croissante. 
De par leur nature très diversifiée, les fonds de co-Investissement accompagnent les investisseurs qui cherchent à limiter leurs risques. Notre dernier fond, par exemple, investira dans près de 60 sociétés de portefeuille, très diversifiées en termes de géographie, de secteur et de taille. 
Le deuxième critère repose sur le processus rigoureux des décisions d’investissement, dans lequel interviennent deux groupes. Tout d’abord, l’actionnaire majoritaire, qui nous invite à évaluer la transaction. Chez Ardian, nous mettons notre expertise et notre réseau au service de la décision. Notre approche est très sélective et, en général, nous nous engageons dans une proposition d’investissement sur dix. 
Bien sûr, cela n’élimine pas tous les risques. Nous pouvons nous tromper, le GP aussi, mais ce double niveau réduit le risque que nous nous trompions tous les deux. 
Le troisième critère repose sur les frais et l’intéressement différé, généralement plus modestes dans les fonds de co-investissement que dans les fonds de private equity classiques. 

Q : Quels ont été les principaux vecteurs de croissance de la stratégie ?

AM :  Le marché évolue car l’offre et la demande s’accroissent. Du côté de la demande, l’appétit des investisseurs pour les fonds de co-investissement s’est accru au cours de ces dernières années, pour les raisons évoquées précédemment. 
C’est du côté de l’offre que la situation a récemment évolué. Les GP intègrent de plus en plus le co-investissement dans leurs stratégies : ils n’hésitent plus à demander aux investisseurs d’engager des montants notionnels lorsque les transactions sont conclues. Cette tendance est soutenue par des investisseurs plus avertis et désormais en mesure de participer à des co-investissements. 
Pendant longtemps, les GP du large-cap ont impliqué les investisseurs dans leurs transactions, et plus récemment cette tendance a été adoptée par des sociétés du mid-cap. 
Il s’agit d'une opportunité unique pour les GP qui ciblaient, de longue date, une société mais qui étaient jusqu’à alors dans l’incapacité d’agir car le développement de la société concernée dépassait leurs objectifs d’investissement. A présent, ils sont en mesure d’intervenir dans ce type de transactions en collaborant avec les co-investisseurs. 
C’est un cycle très positif : plus d’offre et plus de demande, une situation qui profite aux GP (plus grande capacité de réponse aux transactions) et aux investisseurs (qui cherchent à investir davantage). 

Q : Y-a-t-il une limite au développement de la stratégie de co-investissement ? 

AM : Le co-investissement reste une niche au sein de la sphère du capital-investissement. En règle générale, un fond de private equity classique réalise entre 12 et 15 investissements, et nécessite des co-investisseurs pour deux ou trois opérations. Le co-investissement intervient lorsqu’un fond effectue un investissement plus conséquent et qu’il reste une niche, véritable occasion à saisir sur un marché en croissance. 
Le développement de ce marché repose sur une plus grande expérience du co-investissement ainsi que sur deux tendances du marché du capital-investissement. 
La première est le fond initial ou sponsor sans fond ; lorsqu’une équipe fait scission afin de créer sa propre société de capital-investissement et qu’elle doit faire ses preuves en tant que nouvelle équipe. Le co-investissement est l’option idéale pour ce genre de situations et cette tendance se généralise de plus en plus. 
La seconde est le co-investissement secondaire : investir deux ou trois ans après l’investissement initial, généralement dans le cadre d’un build-up. Ou encore si le GP souhaite céder 50 % de ses intérêts, il peut recourir au co-investissement plutôt qu’au marché. 
Au sein d’Ardian, nous ne ciblons pas de façon active ce type d’opérations car ils sont plus risqués et nous disposons d’un dealflow suffisant sur le marché traditionnel. Nous gardons cependant un œil sur ces tendances pour le futur. 

Q : Au vu du récent regain de popularité du co-investissement, quels sont les dangers souvent négligés ? Les GP se lasseront sûrement de renoncer à leurs frais de gestion ?

AM : Il existe en effet deux défis lorsque l’on envisage le co-investissement. 
Le premier est d’avoir suffisamment d’expérience pour traverser une crise, qui fort heureusement ne se produit jamais. Lorsque vous vous lancez dans un co-investissement, vous prenez le risque d’investir directement et de subir l’échec de la société et la perte financière qui en découle. 
Avec plus de 100 co-investissements à notre actif, nous avons été confrontés à quasiment toutes les situations, y compris les faillites, que nous sommes parvenus à gérer grâce à la grande expertise de notre équipe. Néanmoins, si un investisseur moins expérimenté subit de lourdes pertes suite à un co-investissement, il peut s’exposer à une réaction négative de ses bailleurs pour avoir pris un tel risque. 
Le second défi est que certaines sociétés de gestion font payer les investisseurs pour des co-investissements. La question de la facturation ou non de ces opérations par les GP fait l’objet d’un débat croissant. Facturer les co-investissements aurait des répercussions sur le modèle de ces opérations et sur l’appétit des investisseurs. 
En notre qualité d’investisseur, nous avons de nombreuses raisons de ne pas être facturés. Nous supportons le fond et payons déjà des frais, nous aidons au financement d’une transaction que le GP n’aurait pas pu financer seul, nous mettons sur la table notre réseau et bien d’autres atouts non monétaires. A l’heure actuelle, il s’agit d’un véritable partenariat, auquel nous adhérons totalement pour atteindre le même résultat. Toutefois, si la situation sur le marché venait à se complexifier, nous pourrions voir davantage de GP faire payer les investisseurs. 

Q : En matière de co-investissement, vous attendez-vous à davantage de réglementation pour garantir un traitement plus équitable des investisseurs ? 

AM : A l’heure actuelle, les instances de réglementation exigent des sociétés de gestion qu’elles développent leurs propres règles ou processus en matière de co-investissement. Elles doivent pouvoir prouver pourquoi elles privilégient un investisseur plutôt qu’un autre, et c’est une bonne avancée en terme de traitement plus équitable. 
De plus en plus, au sein des GP, nous voyons un professionnel dédié au co-investissement dans le département des Relations investisseurs, qui connaît les préférences de chaque investisseur en termes de transactions, de taille, de type de participation et qui gère le processus de syndication. 
En réalité, si un GP peut s’offrir le luxe de syndiquer une opération en trois mois, la fluidité de ce processus s’adapterait aussi très bien à tous les investisseurs. Mais si vous avez uniquement trois semaines pour le faire, que vous disposez d’informations limitées car le processus est concurrentiel, seul un petit nombre d’investisseurs pourra se positionner et c’est en cela que nous nous différencions. Lorsqu’un GP se retrouve dans une situation concurrentielle, nous agissons avec une priorité absolue car nous pouvons gérer des délais critiques. 

Q : Selon vous, quelle serait l’avancée la plus positive pour le marché du co-investissement ? 

AM : Être reconnu et perçu comme une valeur ajoutée pour les opérations. Que les co-investisseurs ne soient pas uniquement des bailleurs des fonds, dans le sens où ils apportent aussi leur réseau et leur expertise. 
C’est pourquoi, pour nous, il est important de rencontrer le management de la société de portefeuille dans le cadre d’un co-investissement. Quand on y pense, Ardian investit dans des sociétés du monde entier, représentatives de secteurs aussi variés que la santé, les biens de consommation et l’industrie. Lorsque, par exemple, nous investissons aux côtés d’un GP mid-market au Texas ou en Espagne, nous attendons du gérant qu’il connaisse la société et les particularités de son marché ; et lorsqu’il est question d’un développement à l’international de cette société, nous possédons le réseau et l’expertise requis. 
Le co-investissement permet d’associer les connaissances ciblées d’un GP aux connaissances plus vastes d’un investisseur. C’est cet esprit que nous souhaitons généraliser pour que ces partenariats soient reconnus comme il se doit. 

Le rôle des investisseurs est difficile en ce moment. Ils doivent investir dans des actifs rentables tout en limitant les risques en raison de l'incertitude géopolitique croissante.
Les fonds de co-investissement soutiennent les investisseurs qui cherchent à limiter les risques grâce à leur nature très diversifiée.

Alexandre Motte, Head of Ardian Co-Investment