Histoire de croissance

Viser une « nouvelle normalité » pour notre industrie grâce à une collaboration à long terme

  • 01 Juin 2020

  • Infrastructure

  • Milan, Italie

Temps de lecture : 4 minutes

Entretien avec SEA Milan Airports

Armando Brunini : Sur le plan économique, Milan est l’une des villes les plus importantes d’Europe, affichant, avant la crise du COVID-19, un taux de croissance supérieur à la moyenne italienne. Notre mission, en tant qu’exploitant des aéroports de Linate et Malpensa, est de contribuer à la prospérité de la région. Cependant, comme Milan se trouve être l’épicentre de la pandémie du coronavirus en Europe, nos aéroports traversent en ce moment la crise la plus grave de leur histoire. Bien que le monde entier se mobilise dans cette « guerre » contre le virus, il est évident que l’industrie du transport y est plus particulièrement exposée.

Mathias Burghardt : Ardian a soutenu l’équipe dirigeante de SEA, qui a immédiatement réagi en constituant une équipe Gestion de crise. Cette dernière est chargée de coordonner à la fois les actions de court terme et la réponse à moyen terme. SEA a très justement fait de la protection de la santé du personnel et des passagers sa priorité absolue.

  • 3

    terminaux attractifs différenciés

Armando Brunini : Nous avons aussi agi rapidement pour réduire les coûts et défendre notre situation de trésorerie, qui est très solide. Nous sommes en train d’élaborer des scénarios à la fois pour la « nouvelle normalité » dans laquelle va entrer notre industrie et pour la phase de transition. Pour nous adapter, il va nous falloir être le plus flexible possible. Nous serons ainsi en mesure de minimiser les impacts négatifs, mais également de capter les opportunités qui, comme à chaque crise, vont émerger.

Mathias Burghardt : Les aéroports sont indispensables au fonctionnement et à la croissance des économies. Mais même avant la crise du COVID-19, ils se heurtaient à d’immenses défis compte tenu du besoin urgent de répondre au changement climatique. À l’heure de la stabilisation et de la transition du transport aérien vers la nouvelle norme, nous devons tenir fermement notre engagement pour une croissance environnementalement et socialement durable. Cela signifie que nous devons massivement réduire nos émissions carbone tout en permettant à nos aéroports de se développer. Nous avons récemment lancé notre site Internet Air Carbon, qui estime en temps réel les émissions de CO2 des aéroports. Près de 30 % des émissions proviennent des moyens de transport qui accèdent aux aéroports et plus de 60 % sont issues du décollage et de l’atterrissage des appareils. Moins de 10 % sont dues à l’infrastructure elle-même. Pourtant, en notre qualité de propriétaire d’aéroports, il est de notre devoir de travailler sur les 90 % qui échappent à notre contrôle direct.

  • Plan à 5 ans

    pour la croissance, basé sur : la qualité du service, le développement du trafic, l’amélioration de la transformation digitale, la relation avec les passagers, le développement durable

Armando Brunini : Il s’agit là d’un plan fondamental pour l’avenir de ces aéroports. Sans baisse des émissions qui ne se trouvent pas directement sous notre contrôle, il sera impossible d’atteindre les réductions qui s’imposent. Nous collaborons actuellement avec les pouvoirs municipaux pour améliorer les liaisons ferroviaires express vers Malpensa et investissons aux côtés de la compagnie ferroviaire pour commercialiser ce service. Certes, les recettes de stationnement vont diminuer pour l’exploitant aéroportuaire, mais il nous est essentiel de basculer de l’automobile vers les transports en commun. Nous devons tous être conscients de la responsabilité qui nous incombe en tant qu’entreprise : celle de participer ensemble à la réduction des émissions. Malpensa est un grand site doté d’un fort potentiel de croissance : à moins de démontrer de réelles avancées au plan de la durabilité, nous ne pourrons pas tirer pleinement profit de cette opportunité.

Mathias Burghardt : Il en va de même pour l’ensemble de nos actifs et c’est pourquoi nous fixons maintenant des objectifs non financiers pour toutes les sociétés de notre portefeuille, notamment en matière d’efficacité carbone et de réduction des émissions. Tout d’abord, parce que nous estimons que c’est notre responsabilité. Ensuite, parce que, selon moi, les sociétés qui ne sont pas sobres en carbone seront dépassées d’ici à quelques années. Personne ne voudra investir dans celles-ci.

  • Meilleures notations

    d’Europe en termes de limitation d’émissions de carbone

Armando Brunini : Pour réduire les émissions dues aux avions, nous reprenons une initiative lancée par Ardian à l’époque où l’aéroport londonien de Luton lui appartenait. Elle consiste à réduire les frais d’accès pour les nouveaux appareils, plus silencieux et plus sobres en CO2. S’agissant de l’infrastructure elle-même, nous pouvons recourir à des systèmes numériques et à la biométrie pour éviter les files d’attente et créer l’expérience passager la plus fluide possible. Toutes ces mesures vont améliorer la productivité, abaisser les coûts et garantir à l’entreprise une meilleure efficacité énergétique. SEA Milan Airports fait preuve de résilience. Les atouts pérennes de la ville et de la région que nous desservons vont, en fin de compte, nous conférer des avantages concurrentiels et nous aider à retrouver le chemin de la croissance.

Mathias Burghardt : L’aéroport ne peut pas opérer à lui seul tous les changements nécessaires, mais il peut y contribuer en travaillant étroitement avec l’ensemble des parties prenantes. Pour nous, les aéroports ne sont pas uniquement des actifs isolés. Nous devons participer à l’échelle de la région et entretenir un dialogue permanent avec les autorités locales, les communautés avoisinantes et l’ensemble des intervenants. Nous voulons être de véritables partenaires.