La révolution digitale
dans l’Infrastructure

Par Mathias Burghardt, Responsable d’Ardian Infrastructure et Pascale Bonnard, Fondatrice d’Amano

Pourquoi la digitalisation bouscule-t- elle les propriétaires d’infrastructure ?

Pascale Bonnard: Vingt ans après le lancement d’Internet, une révolution est en marche. Pour l’électricité, la révolution n’a pas tant été son invention en tant que telle que l’électrification de chaque petite partie de l’industrie. L’effet est identique avec la digitalisation. Ardian a pris conscience que son portefeuille d’infrastructures contient des données qui ont de la valeur, mais que personne n’organise. C’est une opportunité.

Mathias Burghardt: Les données changent tout. La digitalisation nous a permis de mieux comprendre les utilisateurs de nos actifs et d’améliorer la gestion de ces derniers. Ces données peuvent vous indiquer où résident vos risques et opportunités ; la façon dont différents groupes d’utilisateurs évaluent votre service. Ces évolutions peuvent disrupter les entreprises dans lesquelles nous investissons de manière très rapide, et c’est dès lors quelque chose que nous devons suivre attentivement.

Quels thèmes vos deux sociétés abordent-elles en premier lieu ?

Pascale Bonnard: Nous avons commencé par les aéroports détenus par Ardian. AMANO est une application Web progressive, ce qui signifie, dans le cadre du projet des aéroports, que les voyageurs n’ont rien à télécharger ni à installer. Il leur suffit de se connecter au wifi de l’aéroport ou avec un Beacon* pour naviguer au sein d’une application Web qui leur dit tout sur le terminal dans lequel ils se trouvent : les services, les informations de vol en temps réel, les commerces et les restaurants, et peut leur proposer des offres promotionnelles personnalisées. L'appli permet donc de livrer aux voyageurs des informations en lien avec leurs centres d’intérêt tout en fournissant à l’opérateur aéroportuaire des données sur les attentes de ses passagers.

Mathias Burghardt: Je suis convaincu que les applications Web constituent l’avenir, mais personne n’a envie de télécharger l’application complète d’un aéroport pour obtenir les informations qu’il recherche. C’est trop de travail. Il est évident que la technologie d’AMANO cadre parfaitement avec les activités des aéroports.

* Beacon : Capteur électronique permettant de localiser les smartphones à proximité et de leur envoyer des messages ciblés.

Alt text “La digitalisation n’est pas qu’une nouvelle technologie, cela implique de revoir la vision que l’on a de notre métier.” Mathias Burghardt

Comment cela change-t- il l’expérience de l’utilisateur et qu’est-ce que cela apporte au gestionnaire de l’actif ?

Pascale Bonnard: Pour l’utilisateur, c’est très simple et fonctionne cinq fois plus vite que toute autre solution. Cela ne fait qu’améliorer son expérience en mettant tout ce qu’il recherche à portée de main. Et c’est en constante amélioration. La prochaine grande étape pour nous est de pouvoir guider les individus en intérieur, car c’est une chose de trouver un restaurant, mais c’en est une autre de pouvoir dire : “emmenez-moi là - bas.”

Mathias Burghardt: Jusqu’à maintenant, les responsables d’aéroport n’avaient que très peu de connaissances sur leurs utilisateurs. Ils pouvaient voir le flux de passagers ainsi que les transactions, mais au final en savaient peu. AMANO transmet de nouvelles informations qui permettent aux opérateurs d’améliorer leur service et d’optimiser leur gestion des coûts et investissements.

Pourquoi des partenariats comme le vôtre permettront-ils de mieux comprendre ce qui est rendu possible par la digitalisation ?

Pascale Bonnard: Je pense que nous faisons tous les deux preuve d’humilité quant à ce que nous savons et ce que nous ne savons pas. Chez AMANO, nous sommes des experts en technologie, mais nous ne gérons pas d’aéroport. Peu importe la technologie que vous installez dans un aéroport pour avoir une meilleure compréhension des données, à un moment la véritable valeur ajoutée – la capacité d’analyser les données et d’en tirer des enseignements précieux – viendra des employés de l’aéroport, et non d’experts externes comme nous.

Mathias Burghardt: La digitalisation n’est pas qu’une nouvelle technologie, cela implique de revoir la vision que l’on a de notre métier. Nous travaillons sur des solutions sans avoir de certitudes sur leurs retombées, mais ce qui nous importe, c’est de s’inscrire dans un écosystème, au côté des entrepreneurs, et de renforcer notre capacité à jouer un rôle de premier plan, à nous adapter et à coopérer avec d’autres acteurs pour faire bouger les choses.

Pourquoi est-ce important pour Ardian de considérer cela pour ses sociétés en portefeuille ?

Pascale Bonnard: Si Ardian ne le fait pas, que se passera ‑ t ‑ il ? Chaque dirigeant développera une solution spécifique et il sera impossible de réconcilier les données au travers du portefeuille. Seuls les investisseurs peuvent réfléchir à une vue d’ensemble ainsi qu’à la valeur provenant du traitement des données émanant de multiples sources. Vous ne pouvez pas demander à un aéroport ou un réseau ferroviaire d’adopter cette approche.

Mathias Burghardt: De toute évidence, nous examinons le portefeuille et voyons bon nombre de possibilités de digitalisation. Je pense que le produit AMANO peut être adapté à différents types d’infrastructure – aéroports en premier lieu, mais je suis sûr que nous examinerons également les infrastructures ferroviaires et routières dans un avenir proche. La technologie digitale changera également les règles du jeu en termes d’énergie.

Alt text “La digitalisation change le type de personne que les propriétaires d’infrastructure engagent.” Pascale Bonnard

Pourquoi est-il difficile pour les propriétaires d’infrastructure de s’adapter à ce nouvel environnement ?

Pascale Bonnard: La digitalisation peut les aider à se connecter à leurs utilisateurs. Mais le véritable défi est de savoir comment les aborder et ce que vous voulez leur dire. Dès lors que vous déployez quelque chose pour capturer les données, qu’en faites-vous ? Comment les faites‑vous correspondre avec d’autres sources ? Et comment faites‑vous en sorte que toutes ces données ressemblent à quelque chose qui puisse être compris et utilisé par une personne du marketing par exemple ?

Mathias Burghardt: Le défi pour les personnes comme moi qui ont toujours travaillé en infrastructure et adopté une vue très long terme, c’est la vitesse des changements qui s’opèrent aujourd’hui. Il nous faut être beaucoup plus agiles, apporter du sang neuf et changer l’organisation pour l’aider à s’adapter. Les partenariats sont essentiels pour nous aider à faire cela.

Quelles sont les nouvelles compétences demandées par les gérants d’actifs d’infrastructure ?

Pascale Bonnard: La digitalisation change le type de personne que les propriétaires d’infrastructure engagent. En recrutant un data scientist possédant les outils et les compétences pour analyser les informations, un aéroport commencera à avoir des informations beaucoup plus pointues sur ses clients, et sera capable de créer des campagnes marketing ciblées.

Mathias Burghardt: À nouveau, les données changent tout. Nous travaillons avec un groupe d’étudiants universitaires dans le cadre de notre programme sur la digitalisation, et la première chose qu’ils nous ont dite était : “Il vous faut un responsable digitalisation qui rapporte directement au CEO, et des scientifiques spécialisés dans l’étude de données.”

AMANO a été créé pour déployer des applications Web progressives, qui ne nécessitent ni téléchargement ni mise à jour. AMANO est actuellement au service d’aéroports, de centres commerciaux, d’hôtels, de lieux publics, d’événements sportifs et culturels, etc., et opère en Europe, aux États‑Unis, au Brésil et au Moyen‑Orient, avec un bureau à Dubaï. AMANO est une société technologique qui construit actuellement des algorithmes d’apprentissage automatique qui fourniront des capacités de monétisation intelligente tout en améliorant de façon spectaculaire la proposition de valeur à l’utilisateur final.

Pascale Bonnard est une entrepreneure française qui a créé AMANO en 2013. Pascale a débuté sa carrière professionnelle en conseil, avec un premier focus sur les affaires et l’intelligence concurrentielle, en passant par la gestion et les activités de conseil stratégique en tant que partenaire chez Eurogroup Consulting. Son travail dans le secteur des télécommunications l’a amenée à constater que les téléphones mobiles, les applications, la digitalisation des points de vente et les déplacements des clients nécessitaient des processus simplifiés, des performances améliorées et des expériences utilisateur significatives.

Mathias Burghardt a rejoint Ardian en 2005 pour constituer et diriger l’activité Infrastructure. Il a débuté sa carrière en 1989 au sein de l’équipe média-télécom du Crédit Lyonnais, avant de diriger l’activité de conseil et financement de projet de HSBC en France. Il a développé de fortes relations avec des acteurs industriels et financiers du domaine de l’infrastructure européenne, mais aussi avec les pouvoirs publics et les régulateurs du secteur. Mathias possède une expérience de plus de 25 ans dans les domaines des infrastructures et de l’énergie.